Après un accident, les premières semaines sont souvent rythmées par les consultations médicales, les examens, les soins et les démarches administratives. Dans ce contexte, il est difficile de se souvenir précisément de l’évolution de chaque douleur, des difficultés rencontrées au quotidien ou des activités devenues impossibles.
Pourtant, plusieurs mois plus tard, ces informations peuvent devenir importantes lorsqu’il faut expliquer les conséquences concrètes de l’accident à un médecin expert, un assureur ou un avocat.
Tenir un journal des douleurs et des symptômes peut alors constituer un outil particulièrement utile. Il permet de conserver une trace chronologique de l’évolution de l’état de santé et de préparer plus précisément les différentes étapes du dossier.
Ce journal doit toutefois être utilisé pour ce qu’il est : un élément personnel permettant de documenter le vécu de la victime. Il ne remplace ni le dossier médical, ni les certificats établis par les professionnels de santé, ni l’expertise médicale. Dans une procédure civile, chaque partie doit prouver les faits nécessaires au succès de ses prétentions.
Pourquoi est-il difficile de se souvenir de ses symptômes plusieurs mois après un accident ?
Les dossiers de dommage corporel peuvent s’étendre sur une période importante. Entre l’accident, les soins, la consolidation et l’évaluation définitive des préjudices, plusieurs mois peuvent s’écouler.
Or, la mémoire restitue difficilement avec précision l’évolution quotidienne d’un état de santé.
Une victime peut se souvenir d’avoir souffert après son accident sans être capable, plusieurs mois plus tard, de préciser quand certaines douleurs se sont intensifiées, combien de temps elles ont persisté ou à quel moment elle a pu reprendre certaines activités.
Il en va de même pour des difficultés moins visibles : troubles du sommeil, fatigue, anxiété, problèmes de concentration, limitation des déplacements ou besoin d’aide pour certaines tâches. Le journal permet de conserver une chronologie de ces événements plutôt que de devoir les reconstituer longtemps après.
Qu’est-ce qu’un journal des douleurs ?
Un journal des douleurs est simplement un document dans lequel la victime note régulièrement l’évolution de son état depuis l’accident. Il ne répond à aucun formalisme juridique particulier et peut prendre différentes formes : carnet papier, document informatique ou notes organisées chronologiquement.
L’essentiel est de privilégier des informations factuelles.
La victime peut par exemple indiquer la localisation d’une douleur, son évolution, les difficultés rencontrées pendant la journée, les activités qu’elle n’a pas pu réaliser, les rendez-vous médicaux importants ou encore certains effets des traitements.
L’objectif n’est pas de produire un récit particulièrement détaillé chaque jour, mais de conserver une trace suffisamment précise de l’évolution des séquelles.
Quelles informations peut-il être utile de noter ?
Le contenu doit naturellement être adapté aux conséquences de l’accident.
Il peut être pertinent de noter, à intervalles réguliers :
- les douleurs et leur localisation
- les troubles du sommeil ou la fatigue
- les difficultés pour marcher, conduire, s’habiller ou réaliser certaines tâches
- les activités professionnelles, familiales, sportives ou de loisirs devenues difficiles ou impossibles
- les périodes d’amélioration ou d’aggravation
- les rendez-vous médicaux, traitements et séances de rééducation importants
Lorsque les conséquences sont psychologiques ou cognitives, la victime peut également noter les troubles qu’elle constate dans sa vie quotidienne, comme des difficultés de concentration ou certaines situations devenues particulièrement difficiles depuis l’accident.
Il convient cependant de rester descriptif. Le journal n’a pas vocation à permettre à la victime de poser elle-même un diagnostic médical.
Le journal constitue-t-il une preuve du dommage corporel ?
Il faut être précis sur ce point. Un journal personnel peut compléter les preuves du dommage corporel, mais il ne doit pas être présenté comme l’équivalent d’un certificat médical, d’un examen clinique ou d’un rapport d’expertise.
Il s’agit d’un document établi par la victime elle-même. Sa portée doit donc être appréciée avec les autres éléments du dossier. Les constatations médicales, comptes rendus d’hospitalisation, examens, prescriptions, arrêts de travail, justificatifs professionnels et autres pièces objectives conservent une importance essentielle.
En matière civile, l’article 9 du Code de procédure civile pose le principe selon lequel chaque partie doit prouver, conformément à la loi, les faits nécessaires au succès de ses prétentions.
Le journal doit donc être envisagé comme un élément complémentaire permettant notamment de conserver la mémoire du vécu quotidien et de faciliter la constitution du dossier de la victime.
Pourquoi peut-il être utile avant une expertise médicale ?
Quelques mois après un accident, une question apparemment simple comme « comment vos douleurs ont-elles évolué ? » peut être difficile à traiter précisément.
Le journal peut aider la victime à préparer son expertise médicale en reconstituant les différentes phases de son parcours.
Elle peut ainsi retrouver plus facilement la période pendant laquelle elle ne pouvait pas conduire, les semaines durant lesquelles elle avait besoin d’aide pour certaines tâches ou le moment où une douleur particulière est apparue.
L’expertise médicale reste néanmoins une évaluation technique. Dans le cadre judiciaire, le Code de procédure civile prévoit que le juge peut désigner un technicien pour l’éclairer lorsqu’une question de fait nécessite des connaissances spécialisées.
Le journal ne se substitue donc jamais aux constatations du médecin expert.
Le journal peut-il aider à documenter des symptômes invisibles ?
Oui, et c’est probablement l’un de ses principaux intérêts pratiques.
Certaines conséquences d’un accident sont immédiatement visibles. Une fracture, une cicatrice ou une immobilisation peuvent être constatées et documentées relativement facilement. D’autres conséquences sont beaucoup moins perceptibles de l’extérieur.
Des douleurs persistantes, une fatigue importante, des troubles du sommeil, des difficultés cognitives ou certaines conséquences psychologiques peuvent fortement perturber la vie quotidienne sans être visibles pour l’entourage.
Noter régulièrement ces difficultés peut permettre à la victime de mieux expliquer leur fréquence, leur évolution et leurs répercussions. Pour autant, lorsqu’un symptôme persiste ou apparaît après l’accident, il est important d’en parler à un professionnel de santé. Le journal personnel ne remplace jamais le suivi médical.
Pourquoi faut-il également noter les améliorations ?
Un journal utile ne doit pas uniquement recenser les journées difficiles. Il doit refléter aussi fidèlement que possible l’évolution réelle de l’état de santé.
Si une douleur diminue, si une activité redevient possible ou si une période d’amélioration intervient, il est pertinent de le noter également. Cette approche rend le document plus cohérent et permet surtout de retracer véritablement l’évolution de la victime plutôt que de constituer uniquement une accumulation de difficultés.
Le but n’est pas de maximiser artificiellement le préjudice, mais de documenter la réalité de la situation.
Faut-il noter l’intensité de la douleur chaque jour ?
Ce n’est pas obligatoire. Certaines personnes trouvent utile d’utiliser une échelle personnelle afin de suivre l’évolution d’une douleur. Cette méthode peut aider à observer une tendance dans le temps, mais elle reste nécessairement subjective.
Il est souvent plus parlant de compléter cette appréciation par des conséquences concrètes.
Écrire qu’une douleur a empêché de dormir, nécessité l’arrêt d’une promenade ou rendu impossible un trajet en voiture donne des informations différentes d’une simple note chiffrée.
La régularité et la précision sont généralement plus utiles qu’une accumulation de données difficiles à interpréter.
À quelle fréquence faut-il tenir ce journal ?
Il n’est pas nécessaire d’écrire plusieurs pages chaque jour. Une fréquence régulière, adaptée à l’évolution de l’état de santé, est généralement plus facile à maintenir.
Dans les premières semaines suivant un accident grave, les notes peuvent être plus fréquentes car la situation évolue rapidement. Lorsque l’état devient plus stable, elles peuvent être davantage espacées.
L’essentiel est d’éviter de reconstruire plusieurs mois de souvenirs en une seule fois. Un journal rédigé progressivement permet de conserver une chronologie beaucoup plus fidèle de l’évolution ressentie.
Le journal doit-il être communiqué à l’assureur ou à l’expert ?
Il n’existe pas de règle selon laquelle un journal personnel devrait être systématiquement transmis à l’assureur ou à l’expert. Il peut d’abord servir d’outil de préparation pour la victime et son avocat. La question de sa communication doit être appréciée en fonction du contenu du document, de la procédure engagée et de son utilité pour le dossier.
Cette prudence est d’autant plus importante qu’un journal peut contenir des informations personnelles dépassant largement les éléments nécessaires à l’évaluation du dommage corporel.
Il est donc préférable de déterminer, avec les professionnels accompagnant la victime, quels éléments sont réellement pertinents pour la procédure.
Quels autres documents faut-il conserver avec le journal ?
Le journal ne prend véritablement son sens que s’il s’intègre dans un dossier plus large.
Il est essentiel de conserver parallèlement les certificats médicaux, comptes rendus d’hospitalisation, résultats d’examens, ordonnances, documents relatifs à la rééducation, arrêts de travail et justificatifs des dépenses liées à l’accident. Les documents professionnels peuvent également être importants lorsque le dommage entraîne une perte de revenus ou une modification des conditions de travail.
L’objectif consiste à croiser plusieurs sources permettant de reconstituer les conséquences médicales, personnelles et économiques de l’accident. Le dossier de la victime doit donc être constitué progressivement et conservé de manière organisée.
Quelles erreurs faut-il éviter ?
La première erreur serait de considérer le journal comme une preuve médicale suffisante à lui seul. La seconde serait d’exagérer volontairement les symptômes ou de chercher à rédiger les notes en fonction de l’indemnisation espérée. Un tel document doit rester aussi fidèle que possible à la réalité vécue.
Enfin, il ne faut pas utiliser le journal comme un substitut au suivi médical. Une douleur nouvelle, une aggravation ou un trouble persistant doit être signalé aux professionnels de santé compétents.
Le journal sert à documenter. Il ne diagnostique pas et ne soigne pas.
Précaution
La valeur et l’utilité d’un journal des symptômes dépendent des circonstances du dossier et de la procédure engagée. Ce document ne constitue pas à lui seul une preuve médicale des blessures ou de leur imputabilité à l’accident et ne remplace jamais les constatations des professionnels de santé ou l’expertise médicale.
Il est recommandé de consulter un avocat compétent en dommage corporel afin de déterminer les éléments utiles à conserver et la manière de les utiliser dans le cadre d’une demande d’indemnisation.
Sources officielles
- Code de procédure civile, article 9, relatif à la charge de la preuve.
- Code de procédure civile, articles 232 et suivants, relatifs aux mesures d’instruction exécutées par un technicien.
- Code de procédure civile, article 246, précisant que le juge n’est pas lié par les constatations ou conclusions du technicien.